Adolescents et conduites à risques
Un nouveau “Rdv Santé” a réuni à Beauvais un panel de professionnels pour échanger avec le public sur un sujet qui touche beaucoup de familles : les adolescents et les conduites à risque. Une soirée sans jugement, avec une idée simple en fil rouge : mieux comprendre pour mieux accompagner.
Autour de la table : Bassam Al-Nasser et Hakim Houchi (médecins addictologues – Clinique du Parc Saint-Lazare), Mercedes Brillant (psychologue – CSAPA), Lila Berboucha (Beauvais et son Agglo), Xavier-Emi Mouchard (proviseur – lycée Félix-Faure) et Fanny Schneider (cheffe du pôle Femmes/Enfants – Centre hospitalier Simone Veil de Beauvais).
80% des adolescents vont bien
Le chiffre a marqué la soirée : la grande majorité des adolescents vont bien. C’est important de le dire, parce qu’on parle souvent des situations qui inquiètent… et beaucoup moins de tout ce qui se passe correctement.
L’enjeu, ensuite, est clair : mieux comprendre les 20% qui vont moins bien, repérer ce qui fragilise, et savoir comment réagir quand un jeune se met en danger — sans basculer dans la panique, ni dans la banalisation.
Conduite à risque, usage problématique, addiction : un continuum
Un point a été longuement clarifié : conduite à risque et addiction, ce n’est pas la même chose.
La conduite à risque peut être potentiellement dangereuse, sans dommage visible immédiat.
Quand il y a répétition, on peut entrer dans un usage problématique.
L’addiction arrive au bout d’un continuum : on continue malgré les conséquences, malgré une souffrance, malgré la conscience que “ça abîme”.
« Il y a l’expérimentation, l’usage à risque, l’usage problématique… et l’addiction au bout. » Et surtout : ce passage n’est pas toujours “progressif”. Parfois, une expérimentation peut entraîner très vite une situation dangereuse.

Quand on dit “risque”, on pense souvent alcool, cannabis, vapotage. Mais la soirée a rappelé une réalité plus large : chez les adolescents, les risques sont aussi… accidentels.
Les accidents (route, deux-roues, sports, imprudences) ont été cités comme un risque majeur, parfois plus fréquent que ce que l’on imagine. S’ajoutent aussi, selon les situations :
des rapports sexuels non protégés,
des défis et mises en danger,
des fugues,
des blessures volontaires (scarifications),
des troubles du comportement alimentaire,

Un constat a fait consensus : le temps passé sur les écrans est devenu un sujet central. Pas seulement parce que “c’est trop”, mais parce que cela modifie parfois la façon de se socialiser.
Un exemple a frappé : des groupes de jeunes ensemble… mais chacun sur son téléphone, sans échange. Et parfois, un effet inattendu : la peur de parler en public, le refus de participer en classe, l’anxiété sociale — alors même que les messages s’échangent par centaines.
Les réseaux peuvent aussi être le meilleur et le pire : soutien entre pairs, groupes de classe… mais aussi défis, “cap ou pas cap”, pressions, influence de personnes connues ou inconnues. Le téléphone n’est pas “le problème” à lui seul : il peut devenir un refuge, un accélérateur, ou un canal de mise en danger.

La soirée a insisté sur un point : un adolescent n’est pas seul. Il y a la famille, l’école, des adultes, des camarades. Et souvent, les signaux sont visibles… quand on sait quoi regarder.
Ce qui peut alerter :
un changement brutal (humeur, isolement, irritabilité),
une rupture avec les amis, la famille, les activités,
des troubles du sommeil, des plaintes somatiques,
une baisse des résultats scolaires ou une déscolarisation progressive,
des comportements “bizarres”, une agitation inhabituelle, une agressivité nouvelle.
Un verbatim résume une méthode accessible à tous : « S’intéresser sincèrement au jeune qu’on a en face de soi. »
Avec des questions très simples : Ça va ? Tu dors ? Tu as quelqu’un à qui parler ? L’école se passe comment ?
Et quand il y a un doute sérieux, un message fort a été rappelé : poser clairement la question du risque suicidaire n’incite pas, au contraire. « Il faut mettre les pieds dans le plat. »

La prévention n’a pas été présentée comme un “one-shot”. Comme évoqué, « Rien ne résiste à la répétition. »
Autrement dit : mieux vaut des messages réguliers, des repères stables, plutôt qu’un grand discours ponctuel.
Trois leviers ont été mis en avant :
Les compétences psychosociales : apprendre à gérer la pression, les émotions, l’estime de soi, la capacité à dire non, à demander de l’aide.
La prévention collective : réfléchir ensemble, sortir de l’isolement, créer des espaces de dialogue.
Le rôle des pairs : des jeunes formés, des ambassadeurs, des relais. Parce qu’entre adolescents, certains messages passent parfois mieux.

La fin de soirée a abordé des produits très présents dans les discussions actuelles.
Le protoxyde d’azote
Le protoxyde a été décrit comme un produit à usage festif, mais avec des risques réels : malaise, manque d’oxygène, brûlures, et surtout atteintes neurologiques (fourmillements, pertes de sensibilité, jusqu’à des paralysies). Un rappel utile : le danger augmente quand l’usage s’intensifie, quand les prises se répètent, et quand cela se fait dans des contextes peu sécurisés.
Le vapotage “marketing”
Un autre constat a été partagé : certains magasins et produits donnent l’impression d’un univers “bonbon”, très coloré, très attractif. Cette banalisation peut faire oublier que vaper n’est pas anodin, surtout quand cela devient une porte d’entrée vers d’autres consommations.
“PTC” ; « Pète ton crane »
La soirée a aussi évoqué le “PTC”, présenté comme très puissant, parfois difficile à repérer (peu d’odeur, accès facile), et pouvant entraîner des signes inquiétants : malaise, tachycardie, agitation, irritabilité, anxiété, voire troubles psychiques et changements de comportement. Même si le phénomène reste décrit comme minoritaire, il peut être spectaculaire et très angoissant pour les familles.

🚨 En cas d’urgence immédiate
15 (SAMU)
18 (Pompiers)
17 (Police)
112 (numéro d’urgence européen)
Idées suicidaires, crise grave
3114 – Numéro national de prévention du suicide
📞 Gratuit – 24h/24, 7j/7
Mineur en danger
119 – Allô Enfance en Danger
📞 Gratuit – 24h/24, 7j/7 – confidentiel
📞 Écoute et conseils (anonyme et confidentiel)
Drogues / produits / conduites addictives
Drogues Info Service : 0 800 23 13 13
Gratuit – 7j/7Écoute Cannabis : 0 980 980 940
Alcool
Alcool Info Service : 0 980 980 930
Tabac / vapotage
Tabac Info Service : 39 89
Jeunes (écoute généraliste)
Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236
Gratuit – anonyme
Jeux excessifs / paris
Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13
Cyberharcèlement / pressions en ligne
3018 (numéro national)
7j/7 – téléphone et tchat
Harcèlement scolaire
3020
📍 À Beauvais et dans l’Oise
Addictologie – consultations jeunes et parents
Association Addictions France – CSAPA de Beauvais
📍 24 rue de Buzanval, 60000 Beauvais
📞 03 44 45 81 13
✉️ csapa.beauvais@addictions-france.org
➡️ Consultation Jeunes Consommateurs dédiée
SATO – Centre de soins en addictologie (CSAPA)
📍 4 rue Saint-Paul, 60000 Beauvais
📞 03 44 48 34 40
✉️ csapa.beauvais@sato-picardie.fr
SATO – Pôle prévention “Le Fusain Ailé”
📍 4 rue Saint-Paul, 60000 Beauvais
📞 03 44 15 32 40
✉️ fusain@sato-picardie.fr
Adolescents – accueil global
Maison des Adolescents de l’Oise
📍 62 rue de la République, 60160 Montataire
📞 03 44 64 73 22
✉️ mdaoise@nouvelleforge.com
➡️ Accueil, écoute, accompagnement des jeunes et des familles.
Jeunesse – information et orientation
Blog 46 – Bureau Information Jeunesse
📍 46 rue Jules-Ferry, 60000 Beauvais
📞 03 44 45 20 07
✉️ blog46@beauvais.fr
➡️ Accueil, prévention, orientation vers les bons interlocuteurs.
La majorité des adolescents vont bien : partir de là aide à garder une posture juste.
Conduite à risque ≠ addiction : l’addiction se construit souvent dans la répétition.
Les risques ne sont pas que “les produits” : accidents, isolement, santé mentale, défis…
Les écrans peuvent isoler autant qu’ils relient : tout dépend du contexte.
Le repérage commence par des questions simples et une présence adulte fiable.
La prévention marche mieux quand elle est régulière, concrète, et partagée.
🎬La rubrique vidéo de l’hôpital !
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